BD. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Theresa n’est pas enchantée de revenir à Limberlost. Ce n’est pas qu’elle avait des choses importantes à faire chez elle. Non, c’est plutôt qu’elle s’était jurée de ne plus mettre les pieds dans sa ville natale. Et puis elle n’a clairement pas envie de s’occuper de sa mère malade d’un cancer. Ni de lui donner un coup de main dans son cabinet de voyance. Parce qu’elles ont toujours eu une relation compliquée. Et peut être parce qu’elle a du mal à accepter son don, qui lui permet de voir et de communiquer avec des personnes passées de « l’autre côté »…
Il y a vraiment deux Jeff Lemire ! Il y a celui qui écrit des scénarios, à la qualité variable (cela va du très bon, avec Sweet Tooth au dispensable, avec Primordial), pour Marvel ou DC Comics et le comics mainstream. Et il y a celui qui travaille en auteur complet sur des récits plus intimes et personnels, très souvent marquants (comment ne pas se souvenir des touchants Essex County ou Jack Joseph soudeur sousmarin?). Avec Minor arcana, on semble avoir à faire au second… »Semble » car il ne s’agit là que du tome un d’une série au long cours. En tout cas, on y retrouve les ingrédients habituels de ses meilleurs récits. Une narration « éclatée », très habile, qui fait des va-et-vient entre passé et présent pour présenter, progressivement, les différents éléments de l’intrigue et, ainsi, nous prendre au piège de sa construction imparable. Des personnages désenchantés, abîmés par la vie, pas vraiment doués pour les relations sociales, qui sonnent très vrais et que notre homme sait rendre attachants en prenant le temps d’explorer leur psychologie. Et, bien sûr, ce dessin typique du canadien avec ce trait spontané, sans fioritures, mais rehaussé d’aquarelles expressives, véritable reflet des émotions des personnages. Avec, ici, un soupçon d’occultisme qui fait basculer Minor Arcana dans le fantastique. Et comme d’habitude avec ce Lemire là, on est tout de suite happé par cette intrigue mystérieuse qui sait nous donner envie de découvrir l’histoire que cachent Theresa et son papy Budd.
Déjà sortis aux Etats Unis, la suite de l’histoire ne devrait, du coup, heureusement, pas tarder à nous être proposée par Delcourt en France…On l’espère en tout cas.
(Série, 144 pages pour ce tome 1 – Delcourt)



