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| (le
28 mai 2005, Le Confort Moderne, Poitiers) |
Texte
: ChRisA graphisme : [mg] |
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Je n'avais pas mis les pieds dans ce grand lieu de la musique indépendante qu'est Le Confort Moderne depuis la dernière tournée française de Fugazi. Je sais ça commence à dater. Mais preuve qu'une fois de plus c'est un grand événement qui m'attendait à Poitiers en ce samedi printanier. Soirée spéciale Ipecac donc avec Isis et Dälek qui ont respectivement invité pour l'occasion leurs grands amis de Jesu et Oddateee. Mix bizarre pour une affiche inédite où les ténors du metal et du hip-hop allaient s'époumoner à tour de rôle. Programme plus qu'alléchant. Et c'est le portoricain du Bronx qui ouvre les hostilités. Il est seul sur scène. Pendant que le sound machine dégobille un hip-hop hardcore dans la veine de Gangstarr, Oddateee, bras, poing, index en avant slamme avec efficacité. Le mec a de la tchatche, le flow facile et les mots pour ses maux. Pas toujours facile de capter ce qu'il a à nous narrer mais le discours a l'air un brin trop égocentrique pour moi. 'Le Bronx, c'est l'enfer mais Oddateee...' patati patata. L'histoire d'une survie, d'une lutte permanente. C'est sans doute sincère mais les clichés vont bon train. Arrivent Dälek et ses deux acolytes qui sont Skill et Oktopus. C'est d'abord l'étonnement. Dälek est haut comme deux platines et trois cds. Il est obèse. Bref je ne m'imaginais pas le bonhomme comme ça. Les gars sont là pour promouvoir "Absence", leur dernier album. Du hip-hop brutal et urbain d'Oddateee, on passe ici à un hip-hop dark et noisy. Les ambiances glauques et salement hallucinogènes font mouche. C'est terrible. Le public adhère. La colère aux lèvres. Le regard noir jais, Dälek se livre pendant que les autres triturent mixettes et computer ou scratchent avec un doigté de feu. C'est sauvage. Leur musique écrase tout sur son passage avec une grâce sonore qui fait toute l'originalité du gang. Pourtant pas très loin de Public Enemy ou Disposable Heroes of Hypocrisy, Dälek dégage une vision musicale personnelle. Excellent moment. Show trop court. Le trio sort sur une vague d'applaudissements mérités.
isis
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Godflesh is dead...long live Jesu ! Au regard des fans, la musique a toujours crée des légendes. Justin Broadrick en est une. Ça fait toujours drôle de voir pour la première fois des baroudeurs passionnés comme lui, qui ont tout consacré à la musique pour espérer exister. Fort d'un premier album éponyme très travaillé sur Hydra Head, Jesu s'affiche sur cette tournée avec un bassiste inconnu et Roderic Mounir (Knut) au fûts. Le son est gros et il nous enveloppe. "Your path to infinity" nous fait entrer dans un minimalisme imposant. En toile de fond, des images urbaines très artistiques peaufinent l'ambiance. Le ton est donné. Mystique et introspectif. Broadrick chante faux. Fin de tournée oblige ou la difficulté à trouver le ton si particulier de son chant sur l'album ? Musique pesante et lente, Mounir accentue son jeu dans ce sens et maltraite son set avec la précision des cogneurs au grand coeur. Entre chaque morceau, Justin Broadrick s'amuse avec ses machines et sa guitare à distiller des mini-morceaux ambiants. Pas de temps mort. Le voyage continue. "Friends are evil", "tired of me" s'écoutent en fermant les yeux. Sonorités ultra-méga graves. Sensation de trip agréable. De toujours flirter avec la lumière et d'être à la fois chahuté par les ténèbres. En guise de digestif, Aaron Turner enfile sa guitare et rejoint ses amis pour un morceau qui est lent à se dessiner. Il va sans dire que Broadrick et Turner sont sur la même longueur d'onde. Le final de ce titre est très 'godfleshien', à savoir brutal et agressif. On ne se refait pas ! Bonne prestation. Avec l'arrivée d'Isis sur scène, je me dis que le bonheur continue. Que cette soirée n'était à louper sous aucun prétexte. Qu'il fallait être là ! Cette formation a l'étoffe des grandes. Elle ne doit son succès qu'à ses qualités intrinsèques et à une envergure musicale ambitieuse. Entre arpèges profonds et déflagrations métalliques, chaque morceau se construit avec patience, passion et intelligence. Le niveau technique des musiciens est impressionnant mais il n'est qu'au service de compositions fouillées et exigeantes. Pas de place pour la frime ou la démonstration. "Wills dissolve", "backlit", "so did we" et "in fiction" s'enchaînent et captivent par leur pouvoir. Aaron Turner, devant son micro ou arc-bouté sur sa guitare est celui vers qui tous les regards convergent. D'une nature assez frêle, l'homme est vocalement surpuissant et physiquement en impose par son engagement. Charismatique sans en avoir l'air. Le son est très bon. Il nous laisse apprécier le travail de chaque guitare, le son très particulier de la basse et les voiles d'ambiance du claviériste. On sent que le set est bien rodé et que l'expérience parle. Isis sait où il va. Isis n'est pas un groupe de metal comme les autres. La preuve, le public ne s'adonne pas à un headbanging systématique et bête. Il n'y a pas de stage-diving. Tout le monde est concentré sur la musique et ce qu'elle a de plus beau à nous offrir. Mes deux énormes frissons vont pour l'excellent morceau "carry", présent sur 'Oceanic' et aussi pour les riffs mortels de "celestial (the tower)"qui ouvrent leur tout premier album. Forces génialissimes et absolues ! Le groupe clot sur un court rappel et se fait ovationner jusqu'au bout du balcon qui mène aux loges. Isis a plus que confirmé tout le bien que je pensais de ce groupe. Celui-ci serait apparemment sur le point de sortir un live. Il sera sans doute assez dispensable dans la mesure où, comme beaucoup d'autres formations, c'est bien dans une salle qu'il faut faire l'expérience de leur univers. Isis est déjà un groupe culte et on espère qu'il nous réservera encore plein de bonnes choses. Du beau travail Monsieur Aaron Turner. (chRisA)
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isis
jesu
oddateee
(les photos ont été prises lors de la date parisienne) |
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