[24, 25 et 26 juin 2005 • Parc des Expositions • Le Mans • France]

FURY FEST - Première Partie

Texte : ChRisA

Photos : Chris Coppolla > email
[visitez le site de son groupe]

graphisme : [mg]

DAY 0
Ben Barbaud a encore frappé. Ses rêves n’ont pas de limites. Ses désirs ont à nouveau eu le dessus sur la réalité. La programmation délirante de la nouvelle édition du Fury Fest, c’est lui ! L’affiche incroyable et totalement inédite en France est née de ses envies les plus folles. Je l’imagine, crayon à la main, en train d’ajouter les noms de groupes sur sa liste ‘tiens ce serait cool de les faire venir eux’, ‘il me faut ce groupe là, c’est obligé’.
Le Fury Fest n’est plus ce rassemblement ‘intimiste’ de têtes brûlées à Rezé ou à Clisson. Installé pour la deuxième fois dans la capitale des rillettes, le Fury Fest est devenu l’une des réunions musicales les plus excitantes en Europe. A bouffer tellement d’hormones, le festival a finalement accouché d’une programmation très éclectique. Pas de doute, il s’agissait de l’événement punk, hardcore et metal de l’année. Il aurait bien pu prendre l’allure d’un ballon qu’on gonfle et qui éclate dans un bruit sec en laissant un grand vide derrière. Ceux et celles qui auront suivi la saga Fury Fest concernant les préparatifs auront eu jusqu’au bout des sueurs froides. Dû à un projet organisationnel rafistolé avec des bouts de cordes de guitare, le Préfet de la Sarthe et sans doute le Maire du Mans avaient laissé entendre que l’annulation pure et simple planait sur la fête. C’était sans compter sur la volonté incroyable des géniteurs de ce festival. A vingt jours du top départ, les dés sont repris en mains par une nouvelle équipe qui dans un élan furieux et efficace décide de maintenir l’événement. On nous a dit que ça s’est joué de peu, que ça s’est fait à l’arrache et que les trois jours risquaient d’être très…rock’n’roll... Bref l’essentiel était sauvé et on se dit que de toutes façons, ça ne pourra être que mieux comparé à l’édition précédente.
Vous pensez bien qu’en bon résident manceau, je ne pouvais rater ça. C’était impensable. Savoir que tous ces groupes de légende (ou pas) allaient jouer à cinq kilomètres de chez moi me faisait totalement halluciner, tel un gamin aux portes d’une fête foraine (c’est plus ça qui fait halluciner les gosses d’aujourd’hui ?). C’est qu’ici, on n’est pas blasé par les concerts de prestige car à part les venues exceptionnelles de Francis Cabrel et Gérald de Palmas…il n’y a rien ou presque. L’espace d’un long week-end, Le Mans allait devenir l’épicentre d’un tremblement sonique extrême. Les murs de Marshall allaient se dresser autour de trois autels (la Main Stage, la Forum Stage et la Velvet Stage) pour une expérience unique. Ce devait être aussi mon premier festival de ce type. Et je n’allais pas le regretter…ni l’oublier.

 

DAY 1
Quarante heures de live pour quasiment cent groupes…ça impressionne forcément. L’overdose peut-être vite atteinte. Alors je décide de ménager mes grandes oreilles en arrivant sur le site aux alentours de 15 heures. Les images sont déjà fortes. Des files de voitures en stationnement. Des parkings pleins. Une colline maculée de tentes façon patchwork multicolore. Des hordes de métalleux aussi intelligents que des troupeaux de bœufs avant la traite. Au sol des cadavres de bibine qui donneraient l’impression que l’herbe est verte. Avec mon petit bermuda beige, mes sandalettes, mon tee-shirt des HIPPIES OF TODAY et mon chapeau texan; c’est sûr je dénote. Ce qui n’échappe pas à deux ou trois crétins qui se foutent de ma gueule. J’obtiens mon pass assez rapidement mais on sent que dans la cabine c’est un peu le bordel. Je pénètre enfin dans le Parc des Expos qui regroupe un ensemble de trois salles couvertes. La scène en plein air n’aura finalement pas vu le jour. J’effectue un premier repérage des différentes scènes, histoire de prendre mes marques. Mais c’est la faune qui me frappe d’abord. Moi qui, au quotidien, adore observer les gens…je jubile. C’est bien simple, j’ai l’impression d’assister à un défilé de mecs tatoués, piercés, cloutés, vêtus de tee-shirts gore et gothiques aussi nuls les uns que les autres. La bière coule à flots pour des concours de rots d’une puérilité touchante. Avalanches de stéréotypes. Je m’éclate. Le spectacle a déjà commencé dans les allées et je ne m’en lasserai pas un seul instant.

Pour moi, les hostilités commencent avec les américains d’AMEN et leur punk rock rentre-dedans. Casey Chaos, ex-chanteur de CHRISTIAN DEATH, assure le show à lui tout seul. Survolté, extravagant et…ridicule, le frontman saute partout avec la souplesse d’un éléphant au réveil. Il y a un côté glam dans leur attitude (fringues et maquillage) qui m’énerve mais la musique n’est pas trop mal. Sans en faire des tonnes, le groupe pourrait être bien plus efficace mais que voulez-vous, les américains ont une notion du show qui leur est bien particulière.

JESU et HIGH ON FIRE sont temporairement annulés sur la Velvet Stage alors je décide de voir SICK OF IT ALL, les vétérans de la scène hardcore new-yorkais. Public conséquent mais concert décevant…à savoir sans surprise. L’impression que les gars pointent à l’usine. Les morceaux défilent avec leurs plans rapides et leur mosh parts stéréotypés. Malgré les invitations des frères Koller à faire les fous, leur set s’essouffle vite. Le gang aura sans doute ressorti certains classiques de leur répertoire mais je n’accroche pas.

La première grosse sensation c’est de se retrouver devant la batterie gigantesque de Monsieur Terry Bozzio une heure plus tard. L’ex-batteur de Frank Zappa (pour faire court) et l’immense référence qu’est le bonhomme dans le monde de la batterie a rejoint FANTÔMAS pour sa tournée européenne. Que les fans de Dave Lombardo, le tueur, se rassurent. Ce dernier travaille à nouveau avec ses potes de SLAYER…alors Mike Patton s’est dit ‘tiens ce serait sympa d’avoir Terry avec nous’. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Caprice de gosse ou pas, FANTÔMAS reste un laboratoire ouvert sur toutes expériences jouissives. Le tank de drums fait face au pupitre bourré de claviers du Général Patton. Entre les deux, Buzzo et Dunn, manches en main, statiques, les yeux rivés sur leurs deux métronomes. La messe du petit brun moustachu aux cheveux lissés en arrière peut commencer. Son cartoon grind halluciné aux allures grandiloquentes et pleines d’humour a l’avantage de faire tâche dans le programme du festival. Alors tout le monde écarquille les yeux et observe avec minutie les prières métalliques des deux dieux. La pièce proposée cette fois se compose principalement des morceaux de « The Director’s Cut » et de leur dernier album « Suspended Animation ». Je la trouve moins bonne, moins convaincante que celle à laquelle j’avais assisté au Texas. Toujours à la frontière du gag et de la prouesse technique, FANTÔMAS est insaisissable. Une vraie machine folle aux mouvements subtilement contrôlés. Agrémentée des élucubrations vocales de Mike Patton, elle s’emballe toujours jusqu’au point de rupture; source des fameux décalages de la bête. On a le droit à un long solo de Bozzio. On sent que les gars s’amusent. FANTÔMAS a à nouveau assuré mais m’a encore laissé sceptique. J’aimerais tellement que la bande se mette à composer de vraies chansons au lieu de s’apesantir sur ces clips épileptiques et hystériques.
L’ambiance est montée d’un cran avec les californiens. Je traîne un peu partout, casse une croûte, m’abreuve telle une bête au tuyau d’eau qui, sans discontinuer, coule pour rafraîchir les meutes.

 


Jello Biaffra

 

C’est avec surprise que je vois la crinière grise du King Buzzo sur la Main Stage. Prévus à minuit, Jello Biafra et ses comparses des MELVINS se pointent à 21 heures !? Si je n’avais pas eu la chance de traîner dans le coin à ce moment là, j’aurais manqué ça !!! Les MELVINS entament l’intro de « Plethysmograph » et voilà que déboule Monsieur Jello Biafra en lunettes de soleil, casquette de flic et blouse blanche. Excellent ! Jello, à plein dans son uniforme arpente la scène comme un dément et dévore l’espace comme un ogre affamé. Sa voix est intacte. Accompagné du King Buzzo, de Dale Crover et d’un bassiste remplaçant (mais je peux me tromper), l’ex-chanteur des DEAD KENNEDYS se déchaîne dans un grand exercice théâtral. Entre ses paroles cyniques, le maître se transforme en mime. Le mime Jello. Et met en gestes chaque mot ou pensée. « McGruff The Crime Dog » suit. Grande gueule, Jello revient sur la non participation des français au conflit en Iraq. Il remercie le peuple français d’avoir maintenu la pression sur leurs hommes politiques. Le public apprécie. La bande enchaîne avec une première reprise des DK « When Ya Get Drafted » très réussie…mais que dire de « California Über Alles » version Arnold Schwarzenegger. Le poing levé, la salle entonne chaque refrain dans une excitation toute particulière. Jello incarne les DK ! Grandiose !


Melvins

 

Après des commentaires sarcastiques sur les SUV, la politique de W, le quatuor revient à son répertoire et se donne à fond. Super morceau que « Caped Crusader ». On a le droit à un autre titre du projet (celui-ci devrait figurer sur un Ep à paraître prochainement), à une autre reprise des DK que je ne connais pas. Et puis la cerise sur la gâteau, on termine avec un « Holiday in Cambodia » de feu qui met tout le monde d’accord. Nous venons d’assister à un concert exceptionnel et de grande qualité. Ça valait vraiment le déplacement.
Entre deux concerts, je m’aperçois que les équipes techniques ne perdent pas une minute. Elles s’activent avec calme et efficacité malgré un planning d’enfer et forcément épuisant. La toile de fond à l’image de la pochette de leur dernier album « Kingwood » annonce l’arrivée des suédois de MILLENCOLIN. J’ai l’impression qu’il est déjà loin le temps où le skate-punk cartonnait en Europe. Question de mode ? De marketing ? A part encore quelques groupes de chez Fat Wreck, le style semble en perte de vitesse. La faute aux roulettes ? Gros son pour les scandinaves pour un public assez restreint et peu excité. Entre rock’n’roll, punk et pop, la musique de MILLENCOLIN paraît standardisée et sans étincelle. Avant de bouger, j’assiste, assis dans un coin de la salle, à une bonne moitié de concert. Mes pieds ne battent même pas la mesure. C’est mauvais signe.
Allez, je change de lieu et me plante en face des HIGH ON FIRE, déprogrammés mais enfin présents. La bio de ce groupe américain a le don d’ameuter les plus curieux. Des débuts sur Man’s Ruin et Tee Pee Records jusqu’à cette toute nouvelle signature sur Relapse, un troisième album enregistré par Steve Albini, le gang de Matt Pike (ex-SLEEP) a le vent en poupe…surtout que Joe Preston (ex-MELVINS), le bassiste vient de rejoindre le trio. La déception est immédiate. Je m’attendais à un truc vraiment puissant et gras. En guise de quoi, je me farcis une sorte de hard rock metal assez insipide…donc pas accrocheur. Bizarrement, ça manque de force et ce n’est pas les solos de Pike qui me font changer d’avis. J’aime bien le son de basse à la UNSANE. Ça joue bien mais je ne vois pas l’intérêt de rester plus de trente minutes.
C’est qu’ANTHRAX se prépare sur la Main Stage. Souvenez-vous ! « Among the Living ». 1987. J’avais à peine quinze ans et dans ma chambre je headbangais à me rompre la nuque sur le thrash des new-yorkais. C’est avec la formation de la grande époque que le groupe s’affiche ce soir. On oublie les querelles. On pense aux gros chèques. Et on s’engouffre dans la grande tendance actuelle : le retour des morts-vivants. Ce ne sont pas les reformations à but alimentaire (TESTAMENT, DEATH ANGEL, JUDAS PRIEST…) qui me contrediront. Mais bon…ANTHRAX a toujours été un groupe fun et puis au début ça le fait. « Among the Living », « Caught In A Mosh », « Efilnikufesin », « Time » (la reprise de Joe Jackson) et l’indéboulonnable “Antisocial” de TRUST me font marrer. L’ambiance est à la fête…mais dans ma tête, tout ça est bizarre. Toute cette culture passéiste sent le sapin. Jamais je n’aurais imaginé voir ANTHRAX dix-huit ans après leur album historique. Quelque part, je trouve ça presque malhonnête même si Scott Ian et ses acolytes se dépensent bien. Joey Belladonna et sa tignasse brune finissent par m’énerver. Revival de merde ! Ce cirque pour trentenaires pansus et grisonnants me gonfle et je n’y crois pas. Je passe du Jurassic Park à la Velvet Stage et assiste malheureusement à la fin du concert des CULT OF LUNA ; eux aussi reprogrammés à la va-vite. Les deux longs morceaux que je déguste me font regretter d’avoir perdu mon temps. Les suédois évoluent indéniablement dans un post-rock metal très proche de celui d’ISIS mais proposent une musique toute aussi fouillée et dangereusement évolutive jusqu’à l’impact final. Largement instrumentale, leur musique atteint des sommets émotionnels très intéressants. Le chant me plaît moins. Leur set trop court me laisse sur ma faim mais je ressors sur une note très positive.
Avec plus de sept heures de live dans les jambes, je rentre chez moi crevé comme pas deux. Je me dis que le week-end vient tout juste de commencer et que demain, le plaisir devrait être tout aussi intense. Lights out ! (chRisA)


Jello Biaffra

 

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