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| [24, 25 et 26 juin 2005 • Parc des Expositions • Le Mans • France] FURY
FEST - Deuxième Partie |
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| DAY
2 Grosse pause pour moi dans le programme de cet après-midi. Je laisse de côté l’insupportable punk rock celtique des FLOGGIN MOLLY, Freddy Madball, Jimmy Gestapo et leurs combos. Bonne occasion pour aller traîner du côté de ‘l’Extreme Market’. Kesako ? Une salle entière vouée au culte du merchandising. Des stands dévoreurs d’euros où l’on pouvait acquérir au choix : la plus belle chaîne cloutée, l’élégant string de CEPHALIC CARNAGE ou encore l’indispensable patch dorsal de CANNIBAL CORPSE. J’ai failli me laisser tenter mais j’ai préféré jeter un coup d’œil sur les stands de Conspiracy, Exutoire et Relapse records. Oh j’allais oublier le coin sympa des tatoueurs toujours prêts à vous laisser un petit souvenir épidermique, genre indélébile. Bref je m’amuse encore du côté foire du Fury Fest. Toujours cette impression de décalage. Vous aimez le street punk oï anglais pur jus ? Alors vous auriez eu du mal à vous faire une place pour le concert de THE BUSINESS. Salle bondée. Pas de toute première jeunesse, les quatre hooligans ont livré un set plus qu’honorable. Des titres au parfum de brique rouge. Un parlé pas très…Buckingham. Du riff basique et des chœurs un peu moins costauds que ceux d’Anfield Road. Je me surprends pourtant à passer un agréable moment avec ces canailles au discours à éplucher avant d’approuver. La soirée a de quoi m’émoustiller. Direction la Forum Stage pour tester le rock sixties de THE (INTERNATIONAL) NOISE CONSPIRACY. Mes craintes se confirment. Le son pourri qui sort des enceintes de cette salle desservira chaque groupe qui foulera ses planches. C’est pourtant cool d’écouter un peu de rock garage surtout lorsqu’il y a Dennis Lyxen au chant. Les suédois arrivent sur scène sur le chant d’un muezzin en prière. A sucer les parties génitales d’une industrie obstinée à faire du fric au nom de la révolution et à prendre les gens pour des cons, les suédois ont, à mon avis, perdu de leur crédit. Couverts d’uniformes zippés noirs et rouges, les natifs d’Umeà se livrent à fond. La guitare ne ressort pas. Le clavier ne sent pas bon mais ça n’empêche pas Dennis de faire des grands écarts à tour de jambes. Quel athlète ! Bonne énergie. Yeah ! Love ! Come on ! Revolution ! En bons missionnaires, leur prêche passe assez bien. Je retrouve ma naïveté égarée. Sans réel temps mort, le groupe puise dans ses trois albums et apporte beaucoup de chaleur à cette salle immense. Prestation très honnête et courageuse pour le seul groupe de rock soul du festival. Avant de nous quitter, les cinq membres d’INC nous invitent à lever le poing sur un sample rigolo qui tourne en boucle sur les mots ‘Power To The People !’ Faut vraiment qu’ils viennent animer nos belles manifs ici en France. Ça aurait vraiment de la gueule.
C’est tout guilleret que j’enchaîne avec TURBONEGRO. Un coup d’œil sur la scène. Ça sent le big show avec les canons de chaque côté. C’est affublé de leurs déguisements que les six suédois investissent les planches. VILLAGE PEOPLE version 100% rock’n’roll. Et dès le départ ça pète. Son énorme. Grosse ambiance de fête. Une sorte de Rocky Horror Picture Show avec un mur de décibels. Extravagance et sexe. J’adhère immédiatement. Encore plus quand la bande sort les hits comme « Back To Dungaree High » et « Prince Of The Rodeo ». Les canons projettent des centaines de dollars à l’effigie des six membres. Suivront des paillettes. Un lâché de ballons multicolores sur ‘Erection’. Trop cool. Les clichés sont poussés à leur paroxysme. L’humour en plus. Qu’on connaisse les morceaux ou pas, peu importe car la fête prévaut. L’impression d’assister à une orgie sonore qui me fait marrer comme un bossu. TURBONEGRO est le pendant et le digne héritier européen d’un AC/DC en perte de vitesse. Leur musique est vraiment taillée pour les stades. Tout en intensité, le show ne s’essouffle pas. Pas de fausses ballades ni de titres hybrides, c’est du gros rock qu’ils nous donnent. De celui qui va à l’essentiel avec cependant toujours des idées accrocheuses. La grande force du combo c’est aussi d’inclure le public à sa fête. Je ne possède aucun album de cette formation et ils ont pourtant réussi à me faire partager 45 minutes mémorables. Le groupe se retire sur un sirtaki qui se propage très vite dans la salle. Les lumières se sont rallumées mais les gens continuent de danser enlacés les uns aux autres. Le sirtaki c’est plus marrant que le pogo ou le karate hardcore dancing non ? |
Il me faudra une bonne heure pour passer de l’ambiance festive des suédois à celle quelque peu ‘dépressive’ des californiens de NEUROSIS. Avouez que le fossé est énorme. Mais je suis sur une bonne série. Et mon excitation ne vacille pas en voyant les gars de NEUROSIS se préparer. Si TURBONEGRO est unique, NEUROSIS ne l’est pas moins d’autant plus que le groupe ne fait plus que de trop rares apparitions. Ambiance sombre. Eclairage de circonstance. Projections cinématographiques sur la toile circulaire dressée au-dessus de leurs têtes. Démarrage en douceur avec un titre de ‘ A Sun That Never Sets’. La déflagration est proche. Retenue mais calculée, elle ne sera pas gratuite. Les guitares lâchent leur furie. BOOM ! La qualité du son est encore à déplorer mais la puissance est impressionnante. Vocaux hurlés. Jeu ultra-heavy ou à l’opposé cristallin. La patte d’une formation d’exception qui s’exprime dans son langage. Atmosphères mystiques ou tribales qui virent toujours au drame. A l’effusion de sentiments exacerbés ou à une mélancolie introspective. A part quelques headbangings sur des plans lourds, le public est assez calme et vit les choses plutôt de l’intérieur. Le jeu de batterie de Jason Roeder m’étonne. Je ne le soupçonnais pas d’une telle richesse et d’une telle fluidité. Les meilleurs morceaux viennent incontestablement de « Times Of Grace », leur chef-d’œuvre. En jouant à peine une heure et quelque sept morceaux, le groupe me laisse un peu sur une faim de loup. J’aurais tellement aimé prolonger l’expérience, me laisser engloutir. Je sors un peu sonné. Le concert fut bon mais trop court. Le contentement dans la brièveté ? Allez c’est bon pour aujourd’hui. D’un œil amusé, je regarde trois minutes de MEGADETH. Le temps d’être horrifié par la voix nasillarde d’un Dave Mustaine caché derrière sa longue chevelure. MEGADETH n’est pas ANTHRAX et puis j’ai déjà donné. C’est encore rincé que je m’éclipse du Parc des Expositions…en fredonnant un « Prince Of The Rodeo » victorieux…I’m riding high I’m riding low…Prince of the Rodeoooooo. DAY
3 Dommage mais pour moi, les choses sérieuses commencent avec SUNNO))). Fer de lance du label Southern Lord, le groupe n’en finit pas de susciter un intérêt souvent mêlé d’étonnement et d’incompréhension. A sa tête, deux barges : Stephen O’Malley et Greg Anderson. Un projet : celui d’honorer et dépasser l’œuvre de EARTH, les spécialistes du riff drone. « Dis papa ! C’est quoi le drone ? » « Eh bien …c’est un peu comme si tu collais ton oreille pendant de longues minutes sur le moteur d’un bulldozer au ralenti…tu imagines le vrombissement ? C’est beau non ? » (Lucien, 40 ans, chef mécanicien chez Caterpillar). C’est marrant, il n’y a pas de batterie sur la Velvet Stage. Juste une muraille d’amplis modernes et vintage. Tout va être dans le son qu’on se dit et c’est pour ça que les fils du soleil passent d’interminables minutes à régler et à accorder leurs monstres. Enfin l’heure arrive où nos gourous, vêtus de longues toges hoodies, s’avancent dans une fumée blanche et épaisse. Le son monte. J’enfonce un peu plus mes bouchons. Les riffs se prélassent pendant cinq minutes et s’interrompent. Un des guitaristes rencontre un problème avec son ampli (c’est bizarre ça ne nous avait pas choqué). Le concert stoppera deux fois. Le public croit à une farce et commence à siffler. Mais le show reprend et c’est enfin parti pour trente minutes de drone peu évolutif et de cris sataniques distants. Une messe en forme d’échos funestes (ah c’est ça les ))) ? ). Des ondes de choc pour détruire votre âme. Si les portes de l’enfer s’ouvrent un jour pour vous, voilà la musique qui guidera vos pas. C’est à la fois perturbant, fascinant et fondamentalement ennuyeux mais l’expérience vaut le coup car le concept est extrême. Minimaliste mais très intense. Un groupe culte dans le microcosme de l’underground metal. En tout cas, ça fait du bien quand le moteur se coupe. Je sors du site pour aller manger au pied de ma voiture. Je discute avec mon pneu avant droit. Le repas est rapide. ENVY joue à 21 heures. Une de mes grosses attentes du festival. Rencontrés au pied de leur stand un peu plus tôt dans l’après-midi, les japonais se sont vus ‘dévalisés’ leurs tee-shirts en l’espace de quelques minutes. Les fans sont bien là. Autant dire qu’il fait une chaleur du diable au bord de la Velvet Stage. La salle est pleine. Les visages sont ruisselants. Les yeux et les oreilles grands ouverts. ENVY attaque avec « Chain Wandering Deeply ». Screamo à souhait. Triomphe déjà assuré. Les giclés de guitares, les cris de Tetsuya, cassé sur son pied de micro, font vite place à des passages plus calmes, plus atmosphériques. Contrastes fulgurants. Les émotions à fleur de peau. Le public et le groupe à l’unisson. La formation se lance ensuite dans une série de nouveaux morceaux davantage axés sur des ambiances planantes. Utilisation plus poussée du sequencer et des claviers. Les longues plages instrumentales me font dire qu’ENVY est en train de ‘mogwaiser’ son emo ; sans fatalement abandonner ses fondamentaux. Le concert ne perd en rien de son intérêt. Au contraire ! Il captive encore plus une audience toujours gourmande et insatiable. |
Retour à deux titres de l’album « All The Footprints… ». Super ! Le groupe, sans fausse modestie, semble très surpris de l’accueil qui lui est fait. Il paraît même gêné. Qu’elles soient nouvelles ou anciennes, leurs chansons me procurent toutes un plaisir immense. La sueur vient se mêler aux larmes sur le mortel « Your Shoes And The World To Come ». Les japonais sont déchaînés et ne manquent pas d’honorer leur réputation scénique. Tout passe trop vite dans ces cas là. ENVY se retire sur une ovation des plus méritées. Mais ça ne peut pas s’arrêter comme ça ! A scander le nom des nippons et à les applaudir comme des possédés, on réussit à les faire revenir sur scène pour un rappel inespéré; la programmation très serrée ne laissant aucune chance pour un retour. Juste un titre donc, certainement trop bon pour pouvoir m’en rappeler. EXCELLENT ! A la sortie, j’essore mon tee-shirt et me dépêche pour rejoindre MOTORHEAD, les papys du rock. Le concert est déjà commencé. C’est encore sonné que j’essaye de me mettre dans l’ambiance. J’apprécie de me retrouver devant cette légende mais j’ai encore la tête au gig des japonais. « Steal Your Fate », « Iron Fist », « Killed By Death », « Metropolis », « Ace Of Spades », les classiques se taillent la part du lion parmi les morceaux non connus. Le son est bon. Lemmy et Wurzel sont en forme mais ne mettent pas le feu. Il font tout au plus un concert honnête, comme ils en ont fait des centaines, pour ne pas dire des milliers. MOTORHEAD will be MOTORHEAD. Increvables ! La soirée se poursuit avec PENNYWISE sur la Forum Stage. J’ai décidé de garder des forces. Alors c‘est assis, en fond de salle, que j’écoute les californiens. Le son m’énerve et m’empêche d’apprécier un show bien punk militant. PENNYWISE n’est pas MILLENCOLIN. Morceaux courts et rapides. Guitares agressives. Discours politique anti-W. « The World » et « Fuck Authority » cartonnent bien et font bouger un public enthousiaste. Dans une veine NOFX, PENNYWISE reste fidèle à une musique mélodique, faussement fun et surtout revendicatrice. C’est cool mais je préfère ne pas assister à la fin du concert pour me trouver une bonne place au concert de SLAYER.
Ah, ah, ah SLAYER ! Plus de vingt ans de carrière. Un groupe hors norme. Culte. Qui a toujours séduit plus que des parterres de metalheads. Pour beaucoup de gens c’est la première rencontre avec le gang des tueurs. En ça, c’est déjà un événement, d’autant plus que Monsieur Dave Lombardo est à nouveau de retour derrière sa batterie. Quatre aigles flottent au-dessus de la scène. Quatre drapeaux pour quatre idoles sûres d’elles. De leur force. SLAYER entre sur scène. L’hystérie ! Les bras levés. Les cris. Le groupe entame sur deux morceaux que je ne connais pas. Petite pause. Tom Araya glisse quelques mots aux milliers de spectateurs et introduit la chanson suivante en hurlant « WAAAR ENSEMBLLLE ! » Et là, tout devient fou et magique. A mon humble avis (et de celui de beaucoup de monde aussi), les californiens ont signé entre 1986 et 1990 trois chefs-d’œuvres : « Reign In Blood », « South Of Heaven » et « Seasons In The Abyss ». Et c’est bien sur ce répertoire que le groupe se focalise, pour mon plus grand plaisir et celui de ceux qui m’entourent. « Expendable Youth », « Blood Red », « Dead Skin Mask », « Necrophobic », « Raining Blood » et j’en passe des meilleurs; tous ces titres me ravissent. Implacable, la machine assène coup sur coup. La paire Hanneman/King, parfaitement huilée, ne lâche pas un seul plan. Pas même un sourire. Seul Araya, barbe grisonnante, s’amuse de l’accueil fantastique du Mans. Lombardo est dans son jardin. Chaque morceau semble avoir été taillé pour son jeu. Sa cymbale ride n’en finit plus de me donner des frissons. Hanneman est imperturbable dans ses solos reconnaissables. Malgré leur âge, les quatre tiennent une forme exemplaire et font jubiler toute la salle. Les sentiments éprouvés lors du concert de SLAYER ne sont pas ceux rencontrés face à ANTHRAX. Il n’y a aucune nostalgie à écouter des titres qui passent régulièrement sur ma platine. Ceux-ci sont toujours emprunts d’une certaine modernité. Leur puissance est intemporelle. Je prends vraiment mon pied et gueule à tue-tête les refrains les plus cartons. Il fait très chaud. Le quatuor entame son rappel avec « South Of Heaven » et enfonce les derniers clous avec un « Angel Of Death » racé. Plus d’une heure vingt d’un show sans fioritures, dans la droite lignée d’une carrière probante. Un concert certes sans surprise mais surtout d’une grande efficacité. J’en attendais pas moins. Le groupe quitte la scène sans en faire des masses. Communication réduite. L’image d’un groupe qui reste intacte. SLAYER dynamisera ma vie les deux jours suivants. L’enthousiasme éprouvé durant ce week-end fou illuminera mes conversations estivales. On peut dire ce qu’on veut sur ce festival, émettre des critiques justifiées ou injustifiées mais encore plus que les autres années, ce fut une bien belle orgie musicale. Avec ses 35000 spectateurs, ses 50000 litres de bière écoulés et la réunion des publics punk, hardcore et metal, aucun incident ne fut signalé. Le festival rentrera-t-il dans ses frais ? Ça c’est un autre problème mais j’espère de tout cœur qu’un tel rendez-vous annuel fasse référence dans le paysage sonore français. Je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui m’ont donné la possibilité d’assister à cet événement inoubliable. Merci beaucoup ! Et j’ai vraiment envie de dire « à l’année prochaine !» (chRisA) |
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![]() Turbonegro |
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