Autres Compte-rendus

//// These arms are snakes + russian circles [st ouen]

//// 31 Knots + We Insist + One Second Riot [st ouen]

//// Qui + Three Second Kiss [st ouen]

//// Oxbow + Red Sparrowes [paris]

//// Adolescents + burning Heads [montreuil]

//// Shellac + Mission of Burma + Melt Banana [paris]

//// Don Vito + Le Singe Blanc + Do You Compute [paris]

//// Scul hazzard + membrane + warsaw was raw [paris]

//// Basement + Death to Pigs + Rubiks [Paris]

//// Qui + Marvin [Paris]

//// Bananas at the audience [Paris]

//// Les Savy Fav (Paris)

//// Zëro (Paris)

//// The Bellrays + Tokyo Sex Destruction (Paris)

//// Old Time Relijun + The Gossip (Paris)

//// the Evens + sincabeza + stanley kubi (Paris)

//// Fury Fest Part 2
//// Fury Fest Part 1 (Le mans)

//// Isis + Jesu + Dalek (Poitiers)

//// Karate + Edible Woman + Poney Club + Epileptic (Blois)

//// Slint (Reims)

//// Hoover + Haymarket Riot + Bullet Union + This Ain't vegas (Londres)

//// Lungfish + Constantines (Austin/Texas)

//// Blond Redhead + Secret Machines (Austin/Texas)

//// Melt Banana + Fantomas (Austin/Texas)

//// Engine Down + Decahedron (Austin/Texas)

//// Dernier concert des Seven Hate (Poitiers)

//// Q and not U et Black Eyes (Austin/Texas)

//// The Ex (Austin/Texas)

//// Incident lors du concert des Victims Family (Paris)

//// Les Savy Fav (Paris)


Avec deux albums excellents au compteur, les nantais de Papier Tigre font l'unanimité au sein de l'équipe (réduite) de Positive Rage… Rares sont les trios français à dégager autant d'énergie et autant de maîtrise dans leur musique. Alors quand le groupe, qui enchaîne tournée sur tournée, s'envole pour le Brésil et les États-Unis, Positive Rage demande à Arthur, le guitariste de Papier Tigre, de prendre des notes…

 

Une fatigue sournoise et moite comme une nuit blanche sans fête, on essaye d’être le plus alerte possible pour gérer les formalités d’un départ avant l’aube. Je souhaite une bonne journée au chauffeur de taxi qui m’explique que c’est plutôt la fin de sa journée à lui. C’est dans ces quelques minutes confuses entre le jour et la nuit que nous partons pour un mois d’Août d’expériences diverses, de tournées que l’on n’aurait jamais imaginées.

BRÉSIL > Une courte escale à Lisbonne et 14 heures de voyage plus tard, on se frotte enfin au rude hiver ensoleillé de Brasilia. Ma première impression est, un sujet qui passionne mes grands parents, "il fait bien plus chaud qu’à Nantes !". Nous rencontrons Fernanda à la sortie de l’aéroport, elle nous accueille à bras ouverts. Elle nous accompagnera durant tout le séjour en qualité de tour manager / interprète. Elle joue dans un groupe Lucy and The Popsonics qui est signé sur le même label qui nous a pris en licence au Brésil, Monstro Discos. Brasilia ou le futur des années 60 : dans l’imagination d’Oscar Niemeyer il y avait peu de place pour le piéton et la nature. La ville est étendue, immense, deux grands boulevards mènent jusqu’à la tripartite de la république fédérale Brésilienne : le Congrès national, le Sénat et la Chambre des députés. La ville est étrange, dominée par cette architecture moderne, on se déplace en voiture autour des monuments pour finir après 45 minutes de voyage dans une churrascaria. Dans ce grill brésilien, il est presque impossible de manger raisonnablement. Assis à table, les serveurs viennent en permanence avec tous types de viandes, diversement assaisonnées, pour en mettre dans ton assiette et te couper une tranche. Cette pression carnivore est effrayante, le buffet à volonté aussi. Le festival Porao do Rock commence le lendemain, nous ne jouons pas le premier soir, alors on traîne dans le festival. Les chevelus permanentés des années 80 sont encore bien présents ici, et ça se ressent dans leur musique. Entre le hard FM, le hardcore d’école et le punk traditionnel avec les déguisements de rigueur, on s’émerveille à chaque instant. Le festival est immense, sensé accueillir 10 000 personnes divisées en deux catégories : les VIP et les autres. Une barrière les sépare à 50 mètres de la scène, il faut payer une place plus chère pour être plus proche. Les organisateurs nous expliquent que c’est la seule manière de survivre en donnant notamment un accès privilégié aux sponsors (comme Petrobras). Cette dichotomie rend les concerts très étranges, l’ambiance est loin, et la plupart des VIP sont surtout là pour Muse. Enfin, on a quand même eu la chance de voir MQN, le groupe de Fabricio (de Monstro), qui a réalisé un très bon show rock’n’roll. Le lendemain, la programmation est plus variée. Les scènes sont très désorganisées, il y a une vingtaine de personnes sur le plateau à s’activer dans tous les sens, ce qui rend notre line-check d’avant concert assez désastreux. Le concert ne se passe pas si mal, et on commence à faire des interviews : c’est assez drôle car les journalistes sont surpris par notre media training irréprochable car inexistant. On termine en faisant la fête comme il se doit avec Lucy, MQN et d’autres groupes de Monstro.

Le lendemain nous partons en car avec toute cette joyeuse bande à Goiânia, la ville de Monstro. Nous jouons dans un skate shop devancé par un half-pipe qu’arpentent de nombreux jeunes skateurs. Familles, musiciens et skateurs apprécient le concert, MQN qui jouait juste après est arrêté par la police, alertée par les voisins surpris par cette réunion exceptionnelle le jour du seigneur. On mange avec toute l’équipe et nous terminons la soirée avec Fernanda. Le lendemain est un jour de repos à Goiânia, on traîne dans les locaux de Monstro avec des musiciens de Amp et de Black Drawing Chalks. Caipirinha après caipirinha, les langues se délient, on rentre avant qu’il ne soit trop tard, Sao Paolo nous attend le lendemain.
L’avion est en retard au départ mais on nous explique que c’est parfaitement normal. La vue aérienne à l’arrivée laisse se dévoiler une ville qui ne semble jamais s’arrêter. Nous partons directement dans les studios Trama, une sorte de passage obligé de la musique indépendante brésilienne, en effet c’est un studio d’enregistrement prestigieux et un label influent. Nous passons un moment agréable avec le directeur de Trama, on réalise une interview avec lui, après avoir filmé trois morceaux live. Il nous explique que tout ce que fait Trama est financé par la pub, ce qui permet de payer les albums et leur promo. Ainsi toute la musique sur leur site est disponible en téléchargement gratuit. Dans la soirée nous allons voir les Corinthians, un des clubs de football les plus mythiques de Sao Paolo. Il est en D2 mais l’ambiance est au rendez-vous, les chants des supporters sont complexes et variés, à faire pâlir un Boulogne boy.

Après un enregistrement matinal pour une web TV, la soirée se passe au studio SP, les conditions de son étant mauvaises, le concert n’est pas le plus mémorable. Nous repartons vers le Calongo festival à Cuiabá avec un gout d’inachevé.
La température prend 10 degrés dans la capitale du Mato Grosso, l’état à l’Ouest du Brésil proche de la Bolivie. C’est un des festivals indépendants que Fernanda et Fabricio préfèrent, et on comprend rapidement pourquoi. Pas de stars, pas d’espace VIP, pas d’interviews…On se sent tous déjà mieux. Le premier concert à lieu la veille du festival dans un club devant les bénévoles, organisateurs et locaux. On vérifie ce que nous avaient promis les locaux : Faire de la musique à Cuiabá, c’est comme faire du sport. Nous rencontrons le groupe Macaco Bong et des graffeurs brésiliens veulent reprendre notre visuel pour le diffuser dans la rue. Le lendemain nous arrivons sur le lieu du festival qui contient de nombreuses tentes avec disques, t-shirts, tatoueurs … Nous jouons vers 2h00 du matin, à peine le temps de dire au revoir et nous sommes déjà dans l’avion du retour. Le départ est précipité comme une évasion. Le retour est pénible comme toujours.

ETATS-UNIS > Il est 3 heures du matin, nous venons juste de réécouter les morceaux mixés du nouvel album avec Iain Burgess. Il est temps de partir pour les Etats-Unis. La fatigue se fait ressentir mais l’excitation est là. En effet le Brésil, puis la dizaine de jours d’enregistrement qui suivaient, nous laissent une adrénaline permanente, comme un enfant qui ferait trois noël d’affilés. Le voyage est compliqué : en arrivant à l’immigration américaine à Houston au bien nommé aéroport George Bush, je suis interrogé pendant une quarantaine de minutes et ils me relâchent enfin quand il y a plus rien à vérifier.
Nous retrouvons le festival Some French Friends organisé par French Cowboy et Havalina Records, en allant directement de l’aéroport au concert de Katerine, c’est extrêmement jouissif de voir des américains perplexes devant le show, mais les rednecks se laissent aller et succès devient palpable. Les ex-The Little Rabbits nourrissent une relation avec Tuscon depuis plus de 10 ans et après avoir organisé le Cactus Tour en France avec de nombreux groupes de là bas (Bob Log III, The Pork Torta…), les Cowboys présentent une sélection d’artistes nantais parmi eux Dominique A., Pierrick Sorin, Didier Poiraud…Le festival dure un peu plus d’une semaine et s’étale sur toute la ville, nous jouons à peine une journée après notre arrivée à l’Hotel Congress (salle de concert, hôtel, bar et restaurant mythique car le bandit Dillinger s’y est fait arrêter). La déco et l’esprit farwest y sont bien présents, le concert est un des pires spectacles qu’on a pu proposer donc je ne vais pas en parler plus, mais le festival est une vraie réussite.
La journée type du festival est la suivante : réveil autour de midi, café au bar de l’hôtel, hamburger du lunch, puis glande l’après-midi sous la chaleur épuisante à boire de l’eau et autres cranberry juice, ou une balade dans le désert, et enfin spectacle du soir, fête et burger du soir au Grill (restaurant de type diner ouvert 24h/24 et 7j/7).

Nous arrivons juste avant la crise financière, mais pendant les congrès nationaux des deux candidats à l’élection présidentielle américaine. Une soirée démocrate à lieu au Congress, énorme badge Obama de rigueur. Le discours et l’émotion qu’il suscite sont un peu dérangeants quand on sait qu’il aura beaucoup de mal a tenir ne serais-ce qu’un tiers des ses promesses. On préfère nettement ce "rêve" à la tristesse de duo McCain-Palin. Et même en résistant, on se sent ému par une montée de violon à la fin d’un blockbuster où le héros sauve l’Amérique.
La tournée commence sur les cendres du festival à Plush. Le plateau est composé des Solace Brothers, French Cowboy et nous. L’ambiance est au rendez-vous et nous avons la chance de nous montrer sous un meilleur jour.

Au revoir Tucson et bonjour Nogales, la ville est scindée en deux : une partie américaine et une autre mexicaine. La ville est réputée dangereuse, c’est une plaque tournante de différents traffics comme une ville frontière. Le jour précédent notre concert, trois corps décapités ont été retrouvés. Le JC Club est une boite de nuit énorme qui fleure bon le petit Tony Montana en herbe. Après quelques dizaine de minutes d’attente, il devient clair que le public ne viendra pas. A la fin du concert, on sent la tension monter d’un cran, et les gens s’inquiéter : il serait bienvenu de partir maintenant. A l’hôtel, les portes claquent et les clients s’envoient gentiment des menaces de mort. On est peu mécontent de partir vers Hermosillo. Pour le Gato Pollo plus précisément, un bon club rock où les concerts sont appréciés par un public nombreux. Nous dormons tous dans deux grandes chambres pour se retrouver à la piscine sur le toit de l’hôtel, le lendemain matin sur le bitume brûlant.
Retour à Tucson pour deux jours de repos avant de prendre la route de San Diego dans notre superbe van Ford blanc. On traverse des déserts interminables sur des routes droites avant d’arriver au Beauty Bar pour une soirée agréable. Sarah la patronne du Bar nous laisse même dormir chez elle. Le lendemain direction Ocean Beach pour se baigner dans le Pacifique. C’est la Californie, les surfeurs et blondes bronzent dans une atmosphère trop décontractée. On en profite avant de gagner Pioneertown. La cité conçue pour être un décor de ville pour les westerns compte environ 15 habitants à l’année. Il y a quand même beaucoup de passage à cause de la proximité de Joshua Tree National Park. Pappy & Harriet’s est sûrement un des endroits les plus américains de la terre, trophées de chasse au mur, un décor tout en bois où passent les stetsons et les santiags, des hell’s angels nous attendent à l’entrée pendant que trois familles savourent des onion-rings tout juste sorties de la friteuse.
C’est d’une manière assez décontenancée que nous attaquons le concert en pensant qu’on allait peut être plus déranger qu’autre chose. La soirée qui suit est une des meilleurs de la tournée, les French Cowboy nous apprennent le patois vendéen pendant que Rick, 60 ans, nous explique qu’il a participé à 50 ans d’histoire américaine en long et en large. Très fort ce Rick.

Le lendemain on se réveille dans un décor somptueux, juste le temps d’aller faire un tour à Joshua Tree avant de reprendre la route direction Flagstaff. Le voyage nous fait passer proche de Death Valley et à proximité des lacs de sel dans une chaleur étouffante.
En revenant en Arizona, on trouve l’hôtel Monte Vista, l’un des plus vieux bâtiments de la région est aussi un bar avec une salle de concert. Ce soir, il est envahi par des étudiants et quelques touristes. Le concert se déroule dans une ambiance bizarre, on a un peu l’impression de jouer dans une fête où le seul qui aime la musique est le DJ et quelques-uns de ses amis. La soirée se passe bien, les groupes commencent à bien se connaître. On se repose avant de faire le voyage vers Glendale. Situé en banlieue de Los Angeles, le club The Scene  est un bar et une scène dans un même lieu très sombre où se pressent quelques curieux venus voir ce que LA Weekly leur recommandait. Notre concert passé, nous allons dormir à Hollywood chez un juriste (dans un studio de cinéma) avec son copain soit disant ancien baby-sitter de Frances Bean Cobain (fille de Courtney Love et Kurt Cobain). En sortant de chez lui on voit le signe Hollywood blanc s’étaler sur la vallée.

Nous remontons vers San Francisco et le Make Out Room, un très beau bar vintage avec des décorations étranges : des têtes de cerfs empaillées recouverte de culottes et de soutiens gorges, entre autres. Les concerts sont plutôt bons mais encore une fois le public a préféré le bar d’en face, sorte de repaire pour adeptes de Ken Kesey selon les locaux. La ville a l’air très agréable mais nous partons directement après le concert pour aller à Phoenix. En ce lundi soir et après 14 heures de route, il n’y a tout simplement personne au concert, on joue quand même pour les quelques personnes venus de Tucson pour nous voir jouer. On rentre immédiatement là-bas pour finir sur une soirée chez le batteur de Pork Torta qui organise un concert chez lui. La nuit s’avèrera très drôle, il y a beaucoup de monde notamment des jeunes de moins de 21 ans qui sont censés ne pas boire. Vers 8 h00 du matin tout le monde doit repartir vers l’aéroport, on me laisse au Congress pour une courte nuit. Je me fais réveiller par la femme de ménage. Je claque la porte : me voilà seul et en vacances.
Eric Pasquereau (Papier Tigre)